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Les cancers des enfants et des adolescents

Tumeurs cérébrales de l’enfant

Les tumeurs du système nerveux central regroupent de nombreuses maladies distinctes qui se développent dans le cerveau et, plus rarement, dans la moelle épinière. Elles constituent environ un quart des cancers diagnostiqués entre 0 et 17 ans en France et représentent les tumeurs solides les plus fréquentes de l’enfant. Environ 500 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année chez les moins de 18 ans.

Ces tumeurs sont très différentes les unes des autres. Leur localisation, leur vitesse d’évolution, leur aspect au microscope et surtout leurs caractéristiques moléculaires conditionnent le diagnostic, le traitement et le pronostic. Les classifications actuelles ne reposent donc plus uniquement sur l’apparence des cellules. Elles associent les données anatomopathologiques et biologiques pour définir aussi précisément que possible chaque maladie.

À retenir

Il n’existe pas un pronostic valable pour toutes les tumeurs cérébrales de l’enfant. Certaines se guérissent très fréquemment, tandis que d’autres restent difficiles à traiter. Le type exact de tumeur, sa localisation, son extension, sa biologie et l’âge de l’enfant sont déterminants.

Des tumeurs différentes de celles de l’adulte

Les tumeurs cérébrales pédiatriques ne sont pas de simples versions précoces des tumeurs observées chez l’adulte. Elles peuvent naître de cellules différentes, porter d’autres anomalies moléculaires et répondre autrement aux traitements. Leur prise en charge nécessite donc une expertise pédiatrique, neuropathologique, neuroradiologique, neurochirurgicale, oncologique et radiothérapeutique coordonnée.

Les termes « bénigne » et « maligne » doivent être utilisés avec prudence dans le système nerveux central. Une tumeur d’évolution lente peut entraîner des conséquences importantes si elle comprime une zone essentielle ou ne peut pas être retirée sans risque. À l’inverse, certaines tumeurs malignes peuvent être guéries grâce à une combinaison adaptée de traitements.

Les principaux types de tumeurs

La classification de l’Organisation mondiale de la Santé distingue de nombreuses entités pédiatriques. Elles peuvent être regroupées en grandes familles, chacune comprenant plusieurs maladies dont le comportement et le traitement diffèrent.

Une classification désormais intégrée

Pour certaines tumeurs, le diagnostic complet associe l’examen au microscope, l’immunohistochimie et des analyses moléculaires. Dans des situations sélectionnées, l’étude du profil de méthylation de l’ADN peut aider à préciser l’entité.

Quels symptômes peuvent révéler une tumeur cérébrale ?

Les signes dépendent avant tout de l’âge de l’enfant, de la localisation de la tumeur et de sa vitesse d’évolution. Ils sont souvent non spécifiques et peuvent être liés à de nombreuses causes plus fréquentes. Leur persistance, leur aggravation, leur répétition ou leur association doit toutefois conduire à un avis médical.

Quand consulter rapidement

Une aggravation rapide, des vomissements répétés avec maux de tête, une somnolence inhabituelle, une crise convulsive, une faiblesse d’un membre, des troubles soudains de l’équilibre, de la vision, de la parole ou de la conscience nécessitent une évaluation médicale rapide. En cas de symptôme brutal ou sévère, il faut contacter les services d’urgence.

Comment le diagnostic est-il établi ?

L’examen clinique et neurologique oriente les premiers examens. L’IRM cérébrale est l’examen de référence pour localiser la tumeur, évaluer ses rapports avec les structures voisines et préparer la stratégie thérapeutique. Selon le type de tumeur suspecté, une IRM de la moelle épinière peut compléter le bilan. Le scanner conserve une place dans certaines situations urgentes ou pour analyser des calcifications, mais il ne remplace pas l’IRM pour caractériser une tumeur du système nerveux central.

Le diagnostic définitif repose le plus souvent sur l’analyse d’un prélèvement obtenu lors d’une chirurgie ou d’une biopsie. La neuropathologie précise l’aspect de la tumeur et les analyses moléculaires recherchent des caractéristiques utiles à sa classification, à l’évaluation du pronostic et, dans certaines situations, au choix d’un traitement ciblé.

Une ponction lombaire peut être indiquée pour rechercher des cellules tumorales ou des marqueurs dans le liquide céphalorachidien. Elle n’est pas réalisée systématiquement et ne doit être envisagée qu’après évaluation des conditions de sécurité, notamment en présence d’une hypertension intracrânienne.

Un diagnostic discuté collectivement

Le dossier est analysé en réunion de concertation pluridisciplinaire pédiatrique. Les images, le diagnostic neuropathologique, la biologie moléculaire, l’extension de la maladie et l’état de l’enfant sont confrontés afin de proposer une stratégie personnalisée.

Les traitements

Le traitement dépend de l’entité exacte, de la localisation, de l’extension, du profil moléculaire, de l’âge de l’enfant et des risques fonctionnels. Il peut associer neurochirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, traitements ciblés et soins de support. Pour certaines tumeurs peu évolutives, une surveillance rapprochée peut être proposée lorsque traiter immédiatement exposerait à davantage de risques que de bénéfices.

La neurochirurgie

La chirurgie peut avoir plusieurs objectifs : obtenir un prélèvement pour établir le diagnostic, diminuer le volume tumoral, traiter une complication liée à l’écoulement du liquide céphalorachidien ou retirer la tumeur. L’objectif n’est pas toujours une exérèse complète à tout prix. Lorsqu’une tumeur adhère à une zone qui commande une fonction essentielle, l’équipe met en balance le bénéfice attendu et le risque de séquelle neurologique.

La planification s’appuie sur l’imagerie et sur des techniques qui améliorent la précision du geste. Selon la localisation, le parcours neurochirurgical peut être organisé avec une équipe partenaire spécialisée, puis coordonné avec l’équipe d’oncologie pédiatrique pour la suite du traitement.

La radiothérapie

La radiothérapie utilise des rayonnements pour détruire les cellules tumorales. Elle peut cibler la région opérée ou la tumeur résiduelle. Pour certaines maladies susceptibles de se diffuser par le liquide céphalorachidien, une irradiation craniospinale peut être nécessaire.

Les techniques actuelles cherchent à conformer la dose au volume à traiter et à limiter l’exposition des tissus sains. La radiothérapie avec modulation d’intensité, les techniques stéréotaxiques et la protonthérapie peuvent être discutées selon l’indication. La protonthérapie permet, dans certaines situations sélectionnées, de réduire la dose reçue par des tissus situés au-delà de la cible. Elle ne constitue toutefois pas la meilleure option pour chaque enfant et son indication est évaluée au cas par cas.

La chimiothérapie

La chimiothérapie intervient dans de nombreux protocoles, seule ou associée à la chirurgie et à la radiothérapie. Elle peut réduire la tumeur avant un autre traitement, traiter une maladie disséminée, diminuer le risque de rechute ou permettre de différer une radiothérapie chez certains très jeunes enfants.

Les médicaments, leurs doses et leur calendrier varient fortement selon la maladie. Certaines stratégies utilisent des doses conventionnelles, d’autres une chimiothérapie intensive avec support de cellules souches hématopoïétiques.

Les traitements ciblés et les essais cliniques

L’analyse moléculaire peut identifier une anomalie jouant un rôle dans le développement de la tumeur. Lorsqu’un médicament agit sur cette anomalie ou sur la voie biologique concernée, un traitement ciblé peut être proposé dans certaines indications, parfois dans le cadre d’un essai clinique.

Ces traitements ne remplacent pas systématiquement les traitements conventionnels. Leur place dépend du type de tumeur, de la preuve de leur efficacité, de l’âge de l’enfant, des traitements déjà reçus et de leur disponibilité dans un protocole ou une autorisation adaptée.

Prévenir et prendre en charge les effets à long terme

La maladie et ses traitements peuvent avoir des conséquences neurologiques, motrices, cognitives, sensorielles, endocriniennes ou psychosociales. Le risque dépend notamment de la localisation de la tumeur, de l’âge au traitement, de la chirurgie, des volumes irradiés, des doses reçues et des médicaments utilisés.

Le suivi ne s’arrête pas à la fin des traitements

La surveillance recherche une éventuelle rechute, mais aussi les effets tardifs de la maladie et des traitements. Un suivi prolongé, adapté aux risques individuels, permet de dépister précocement les difficultés et de proposer les prises en charge nécessaires.

La prise en charge à Gustave Roussy

À Gustave Roussy, la stratégie est discutée par une équipe pluridisciplinaire spécialisée en oncologie pédiatrique. Selon la situation, le parcours mobilise des pédiatres oncologues, neuroradiologues, neuropathologistes, neurochirurgiens partenaires, radiothérapeutes, biologistes moléculaires, anesthésistes, spécialistes de la douleur et professionnels des soins de support.

L’accompagnement est ajusté tout au long du parcours. Il peut comprendre le soutien psychologique, la prise en charge de la douleur, la nutrition, la rééducation, la neuropsychologie, le maintien de la scolarité, l’activité physique adaptée, l’accompagnement social, l’information sur la préservation de la fertilité et le suivi à long terme.

Lorsque la maladie est rare, récidivante ou difficile à traiter, une analyse moléculaire approfondie et l’accès à un essai clinique peuvent être discutés. L’éligibilité dépend toujours du diagnostic exact, de la situation clinique et des critères propres au protocole.

Recherche et innovation

La recherche en neuro-oncologie pédiatrique vise à mieux comprendre l’origine des tumeurs, affiner leur classification, identifier des biomarqueurs, développer des modèles expérimentaux et évaluer des traitements plus efficaces et moins toxiques. L’intégration de la biologie moléculaire au diagnostic permet déjà de distinguer des maladies autrefois regroupées sous un même nom.

Les principaux enjeux concernent notamment les tumeurs encore de mauvais pronostic, les rechutes, la résistance aux traitements et la réduction des séquelles chez les enfants guéris. Les essais cliniques peuvent porter sur de nouveaux médicaments, de nouvelles associations ou des stratégies adaptées au profil moléculaire de la tumeur.