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Tumeurs germinales chez l’enfant
Les tumeurs germinales se développent à partir de cellules primitives destinées à former les ovocytes ou les spermatozoïdes. Elles peuvent apparaître dans les ovaires ou les testicules, mais aussi en dehors des gonades, notamment dans la région sacrococcygienne, le médiastin ou le cerveau. Certaines sont bénignes, d’autres malignes, et plusieurs associent différents tissus au sein d’une même tumeur.
Les tumeurs germinales pédiatriques sont rares et représentent environ 3 % des cancers de l’enfant. Leur distribution varie avec l’âge. Chez le nourrisson et le très jeune enfant, les tératomes, souvent extragonadiques et bénins, sont particulièrement fréquents. À partir de la puberté, les tumeurs gonadiques, médiastinales et intracrâniennes deviennent plus fréquentes.
Une famille de tumeurs, plusieurs maladies
Le site, l’âge, l’histologie, les marqueurs et l’extension doivent être considérés ensemble. Un tératome mature, un dysgerminome et une tumeur vitelline ne se traitent pas de la même façon.
Pourquoi peuvent-elles apparaître hors des gonades ?
Au cours du développement embryonnaire, les cellules germinales migrent vers les futures gonades. Des cellules peuvent exceptionnellement persister le long de ce trajet et être à l’origine d’une tumeur extragonadique, souvent située sur la ligne médiane du corps.
Localisations gonadiques, particulièrement fréquentes après le début de la puberté.
Site classique du nourrisson et du jeune enfant, souvent associé à un tératome.
Localisation entre les poumons, plus fréquente chez l’adolescent, en particulier le garçon.
Tumeurs intracrâniennes surtout diagnostiquées chez les enfants plus âgés et adolescents. Elles relèvent de protocoles spécifiques.
Localisation profonde derrière les organes abdominaux
Localisations rares, parfois diagnostiquées dès la période néonatale.
Deux parcours distincts
Les tumeurs germinales extracrâniennes et intracrâniennes ont des classifications et des traitements différents. Une page générale peut les présenter ensemble, mais les parcours thérapeutiques doivent rester clairement séparés.
Les principaux types
Tumeur composée de tissus différenciés. Elle est généralement bénigne et traitée par chirurgie complète.
Tumeur contenant des tissus embryonnaires immatures. Son comportement et son traitement dépendent du site, de l’âge, du grade, du stade et de la présence éventuelle d’un contingent malin.
Tumeur maligne sécrétant habituellement de l’AFP, fréquente parmi les formes malignes du jeune enfant.
Noms utilisés selon le site. Ces tumeurs sont très sensibles à la chimiothérapie et, pour les formes intracrâniennes, à la radiothérapie.
Formes malignes rares, souvent intégrées à des tumeurs mixtes et susceptibles de sécréter de la bêta-HCG.
Association de plusieurs composantes. La stratégie est guidée par la composante maligne, les marqueurs, le stade et le site.
Les symptômes
Les signes dépendent du site et peuvent évoluer progressivement.
Augmentation de volume, masse dure ou asymétrie, le plus souvent peu douloureuse.
Douleur ou masse abdominale, ventre augmenté, troubles digestifs ou urgence liée à une torsion.
Masse externe ou pelvienne, constipation, troubles urinaires ou signes neurologiques.
Toux, douleur thoracique, essoufflement ou gonflement du cou et du visage.
Maux de tête, vomissements, troubles visuels, soif et urines abondantes ou anomalies pubertaires selon la localisation.
Une sécrétion de bêta-HCG peut provoquer une puberté précoce, surtout chez le garçon.
Quand consulter rapidement
Une douleur testiculaire soudaine, une douleur abdominale brutale avec vomissements, une gêne respiratoire, un gonflement du visage ou du cou, des troubles neurologiques ou une altération rapide de l’état général nécessitent une évaluation urgente.
Le diagnostic
Les marqueurs tumoraux
L’alpha-fœtoprotéine, ou AFP, et la bêta-HCG contribuent au diagnostic, à la stratification et au suivi. L’AFP doit être interprétée selon l’âge car elle est physiologiquement élevée chez le nourrisson. La LDH peut apporter une information supplémentaire, notamment dans les germinomes, dysgerminomes et séminomes. Des marqueurs normaux n’excluent pas une tumeur germinale.
L’imagerie
L’échographie est le premier examen d’une masse ovarienne ou testiculaire. L’IRM et le scanner précisent l’extension locale et recherchent des métastases. Pour une suspicion intracrânienne, l’IRM cérébrale et parfois rachidienne est centrale. Le bilan est adapté au site et à l’histologie suspectée.
L’anatomopathologie
Une pièce opératoire ou une biopsie permet de déterminer les différentes composantes. Dans certaines tumeurs sécrétantes et localisations particulières, la combinaison du site, de l’imagerie et des marqueurs peut orienter fortement la stratégie avant une chirurgie complète.
Les traitements des formes extracrâniennes
La chirurgie et la chimiothérapie occupent des places différentes selon le type de tumeur. Pour un tératome mature ou immature sans composante maligne, une exérèse complète peut suffire. Pour une tumeur germinale maligne, la chirurgie est associée à une chimiothérapie à base de platine selon le site, le stade et le groupe de risque.
Les tumeurs ovariennes
La chirurgie cherche à préserver l’utérus et l’ovaire opposé. Une annexectomie unilatérale peut être nécessaire pour retirer intacte une tumeur maligne. La chimiothérapie ne dépend pas du seul caractère disséminé, mais aussi de l’histologie, du stade et de l’évolution des marqueurs.
Les tumeurs testiculaires
Chez le jeune enfant, une chirurgie conservatrice peut être discutée pour une lésion présumée bénigne. Une tumeur maligne nécessite en général une orchidectomie par voie inguinale, suivie ou non d’une chimiothérapie selon le stade, l’âge et les marqueurs.
Les localisations sacrococcygiennes et médiastinales
Le traitement associe une chirurgie experte et, pour les formes malignes, une chimiothérapie adaptée. Dans la région sacrococcygienne, le coccyx doit généralement être retiré avec la tumeur afin de réduire le risque de récidive. Une tumeur médiastinale volumineuse peut nécessiter une chimiothérapie avant la chirurgie.
La radiothérapie n’est pas un traitement habituel des formes extracrâniennes
La grande sensibilité à la chimiothérapie permet le plus souvent d’éviter l’irradiation. Les tumeurs intracrâniennes constituent une situation différente, dans laquelle la radiothérapie garde une place importante selon l’entité et le risque.
Les tumeurs germinales intracrâniennes
Elles surviennent surtout dans les régions pinéale et suprasellaire. Le diagnostic repose sur l’IRM, les marqueurs dans le sang et parfois le liquide céphalorachidien, et une biopsie lorsque les marqueurs ne suffisent pas à définir l’entité.
Les germinomes sont traités par chimiothérapie puis radiothérapie adaptée. Les tumeurs non germinomateuses reçoivent une stratégie plus intensive associant chimiothérapie, radiothérapie et parfois chirurgie d’un résidu. Les doses et volumes dépendent du diagnostic, de l’extension et de la réponse.
Le terme « séminome » dépend du site
On parle de séminome dans le testicule, de dysgerminome dans l’ovaire et de germinome dans le système nerveux central. Ces tumeurs partagent des caractéristiques biologiques, mais leurs traitements ne sont pas interchangeables.
Le pronostic et les facteurs de risque
Le pronostic des tumeurs germinales pédiatriques est globalement favorable, mais il varie selon l’âge, le site, l’histologie, le stade, les marqueurs et leur décroissance sous traitement. Les formes localisées sont souvent guérissables. Certaines localisations médiastinales, maladies très étendues ou rechutes restent plus difficiles à traiter.
La décroissance des marqueurs est surveillée
Après traitement, l’AFP et la bêta-HCG doivent diminuer selon leur demi-vie biologique. Une décroissance anormale peut conduire à vérifier la réponse, la présence de tissu tumoral actif et l’adéquation du traitement.
En cas de rechute
La stratégie dépend du site, de l’histologie, du délai, des marqueurs et des traitements déjà reçus. Elle peut associer chirurgie, chimiothérapie de rattrapage, chimiothérapie à haute dose dans certaines situations et essai clinique. Une relecture anatomopathologique et une nouvelle discussion multidisciplinaire sont indispensables.
Préserver la fertilité et limiter les effets tardifs
La plupart des patients guéris ont une longue espérance de vie. Les choix thérapeutiques cherchent donc à limiter les toxicités tout en conservant l’efficacité.
Conservation de sperme, préservation de tissu ovarien ou autres options sont discutées avant un traitement gonadotoxique lorsque la situation le permet.
Le cisplatine peut entraîner une baisse auditive nécessitant des audiogrammes.
La fonction rénale et les électrolytes sont surveillés pendant et après les traitements à base de platine.
La bléomycine peut exposer à une toxicité pulmonaire dans les protocoles qui l’utilisent.
Après une tumeur intracrânienne ou gonadique, la croissance, la puberté et les hormones peuvent nécessiter un suivi spécialisé.
Image corporelle, sexualité, scolarité, études et retour aux activités sont accompagnés selon les besoins.
Recherche et évolution des protocoles
La recherche internationale vise à maintenir les taux élevés de guérison tout en réduisant les doses cumulées et les effets tardifs. Le consortium MaGIC regroupe des données d’essais pédiatriques et adultes afin d’améliorer la stratification du risque et la compréhension des tumeurs rares.
L’étude Méta-AFP a étudié la valeur pronostique de la décroissance de l’AFP dans les tumeurs germinales extracérébrales et les hépatoblastomes. Pour une page durable, elle doit être présentée comme un travail de recherche et non comme un essai nécessairement encore ouvert.
La prise en charge à Gustave Roussy
Le Département de Cancérologie de l’Enfant et de l’Adolescent coordonne la prise en charge avec les équipes de chirurgie pédiatrique, urologie, gynécologie, neuro-oncologie, imagerie, anatomopathologie, biologie, endocrinologie, médecine de la reproduction et soins de support. Le dossier est discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire.
La préservation de la fertilité, le suivi endocrinien et l’accompagnement psychologique sont intégrés au parcours. Les interventions spécialisées sont organisées avec les établissements partenaires lorsque cela est nécessaire.
Points clés
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Des tumeurs gonadiques ou extragonadiques
Ovaires, testicules, sacrococcyx, médiastin et cerveau sont les principaux sites.
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Deux marqueurs essentiels
AFP et bêta-HCG orientent le diagnostic et le suivi, mais peuvent être normaux.
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Une grande diversité histologique
Tératomes, germinomes, tumeurs vitellines et formes mixtes ont des traitements différents.
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Chirurgie et chimiothérapie adaptées
La place de chaque traitement dépend du site, du stade et de la composante maligne.
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Un parcours particulier pour le cerveau
Les formes intracrâniennes nécessitent des protocoles de neuro-oncologie spécifiques.
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Préserver la fertilité
La fonction gonadique et les effets tardifs sont anticipés avant le traitement.