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Personnalisation des traitements et cancer du sein : 5 questions à la Dr Barbara Pistilli
Les progrès des traitements et dans la prise en charge des patientes font qu’aujourd'hui, la survie nette à 5 ans du cancer du sein atteint 88 %1 en France. Mais le nombre important de nouveaux cas diagnostiqués chaque année, 60 000 rien qu’en France, fait que cette pathologie demeure un enjeu majeur de santé publique. En cause, notamment, les effets secondaires induits par les traitements. Face à ce problème, la Dr Barbara Pistilli, cheffe du comité de sénologie de Gustave Roussy, défend une approche centrée sur la personnalisation des prises en charge, afin de prescrire à chaque femme l’intensité de traitement adaptée à sa tumeur et à son parcours, sans compromettre ses chances de guérison.
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Les effets secondaires
Chez les femmes atteintes d'un cancer du sein, les effets secondaires liés aux traitements sont fréquents et peuvent persister plusieurs années après la fin de la prise en charge, comme l’a montré l'enquête VICAN52. Comment ces effets secondaires se manifestent-ils ?
Dr Barbara Pistilli : Les effets secondaires des traitements du cancer du sein ne sont pas négligeables. Ils peuvent modifier la qualité de vie des patientes et affecter leur retour à une vie normale. Par exemple, dans les cancers du sein triple négatifs, l’immunothérapie prescrite va venir réveiller le système immunitaire pour mieux lutter contre le cancer. Mais chez une minorité de patientes, ce traitement peut également provoquer des perturbations du système immunitaire, qui va alors cibler des tissus sains ou des organes, comme la thyroïde. De même, l'un des effets secondaires les plus fréquents des traitements est la « cancer-related fatigue ». Les patientes peuvent éprouver une fatigue physique, émotionnelle et cognitive importante, susceptible de persister bien après la fin du parcours de soins. Les données de la cohorte CANTO montrent que plus d'un tiers des femmes traitées pour un cancer du sein présentent encore une fatigue sévère plusieurs années après leur diagnostic3.
Qu’est-ce que la personnalisation des traitements ?
Dr Barbara Pistilli : Depuis plusieurs années, la cancérologie connaît une profonde évolution. Grâce aux progrès de la recherche, nous en savons beaucoup plus sur la biologie des cancers. Ainsi, deux patientes atteintes d’un même cancer du sein peuvent connaître des trajectoires complètement différentes. Chez l’une, la chirurgie va se révéler suffisante pour traiter la tumeur. Alors que la seconde aura besoin de plusieurs séances de chimiothérapie après l’opération pour traiter complètement son cancer et diminuer son risque de rechute. La personnalisation des traitements vise donc à donner la bonne intensité de traitement à la bonne patiente. Pour déterminer les besoins des patientes, nous développons des biomarqueurs. Il s’agit de signatures moléculaires exprimées par la tumeur, qui nous permettent de déterminer quelle patiente va répondre à quel type de traitement.
Pouvez-vous nous donner un exemple de biomarqueur ?
Dr Barbara Pistilli :Dans les cancers du sein triple négatifs, des travaux récents ont démontré qu’une densité importante de lymphocytes T à proximité de la tumeur était un biomarqueur de bon pronostic. Ces lymphocytes infiltrant la tumeur (TILs) rendent la tumeur « chaude », ce qui signifie que le système immunitaire de la patiente reconnaît et attaque activement le cancer. Une étude4 parue en avril 2024 a ainsi démontré que les femmes opérées d’un cancer du sein triple négatif localisé ont un risque plus faible de rechute et un taux plus élevé de survie, et ceci même sans chimiothérapie après la chirurgie, lorsque leur tumeur est fortement infiltrée en lymphocytes.
Focus sur les TILs.
Ce terme renvoie à des cellules présentes dans notre système immunitaire : les lymphocytes T. Chez les personnes atteintes d’un cancer, ces lymphocytes ont la capacité d’infiltrer une tumeur pour y éliminer les cellules cancéreuses, d’où leur qualification de lymphocytes infiltrant la tumeur (tumor-infiltrating lymphocytes, ou TILs).
Comment faire progresser la personnalisation des traitements ?
Dr Barbara Pistilli : Pour faire avancer nos connaissances et prescrire à chaque femme le traitement adapté à son cancer sans perte de chances, il est primordial de mener des essais cliniques robustes évaluant des approches innovantes. Gustave Roussy est fortement impliqué dans cette démarche. Par exemple, dans l’essai OPT-PEMBRO, nous cherchons à savoir si les patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif peuvent arrêter l’immunothérapie après l’opération sans réduire leurs chances de guérison lorsque la chirurgie ne révèle plus aucune trace de cellules cancéreuses vivantes. Toujours dans les cancers du sein triple négatifs, l’étude ETNA cherche à déterminer si une chimiothérapie après la chirurgie est réellement nécessaire chez les patientes opérées d’une tumeur de petite taille, comprise entre 5 mm et 2 cm. Enfin, l’étude OPTIMA-YOUNG vise à personnaliser davantage la prise en charge des femmes non ménopausées atteintes d’un cancer du sein hormonodépendant, en s’appuyant sur un test génomique pour déterminer quelles patientes peuvent éviter une chimiothérapie avant la chirurgie.
Quels sont les bénéfices attendus ?
Dr Barbara Pistilli : En développant la personnalisation des traitements, dans les cancers du sein mais également dans d’autres indications tumorales, plusieurs effets bénéfiques sont attendus. L’ambition est d’abord de mieux guérir nos patients : en réduisant les traitements chez ceux pour qui les standards thérapeutiques actuels ne sont pas adaptés, et en les renforçant chez ceux qui sont plus à risque de rechute. Personnaliser les traitements, c’est aussi raccourcir les délais, réduire l’exposition à certaines toxicités et améliorer la qualité de la guérison.
[1] Institut national du cancer (INCa). Les cancers du sein : épidémiologie et survie. Mise à jour du 22 juillet 2026.
[2] Institut national du cancer (INCa), La vie cinq ans après un diagnostic de cancer, enquête VICAN5, juin 2018.. J Clin Oncol. 2022;40(19):2148-2162.
[3] Vaz-Luis I, Di Meglio A, Havas J, et al. Long-Term Longitudinal Patterns of Patient-Reported Fatigue After Breast Cancer: A Group-Based Trajectory Analysis. J Clin Oncol. 2022;40(19):2148-2162.
[4] A. Leon-Fere et al., Tumor-Infiltrating Lymphocytes in Triple-Negative Breast Cancer, JAMA, 2024 ; 331 ; (13):1135-1144. doi:10.1001/jama.2024.3056