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1er centre de lutte contre le cancer en Europe, 4 000 professionnels mobilisés

26/03/2026

Le lien entre consommation d’alcool et cancer du pancréas se précise

Une consommation régulière d’alcool entraîne la baisse dans l’organisme de plusieurs lipides, qui pourrait être associée à un risque plus élevé de cancer du pancréas. 

Illustration pancréas

Malgré les progrès réalisés dans la prise en charge de nombreuses tumeurs, le cancer du pancréas demeure une pathologie au pronostic défavorable. Détecter la maladie le plus tôt possible, lorsque la tumeur est encore résécable chirurgicalement, reste la meilleure option pour les patients. Cependant, sur les près de 16 000 nouveaux cas détectés chaque année en France, seulement 10 à 20 % des tumeurs du pancréas sont diagnostiquées à un stade précoce, selon les données de l’Institut national du cancer.

Identifier de nouveaux facteurs de risque pour améliorer la prévention autour de cette maladie, dont l’incidence comme la mortalité sont en augmentation, constitue ainsi un enjeu prioritaire de santé publique.

Le tabagisme, l’obésité, une pancréatite chronique ainsi que le diabète sont déjà reconnus comme des facteurs de risque du cancer du pancréas, aux côtés de facteurs génétiques. Cependant, le flou demeure quant au rôle que peut jouer la consommation d’alcool dans l’apparition de la maladie. De précédentes études internationales ont déjà permis d’identifier un lien faible mais réel entre alcool et cancer du pancréas, sans que les mécanismes biologiques à l’œuvre dans cette association ne soient compris.

Analyse d’échantillons sanguins

Afin d’explorer ces mécanismes biologiques, les chercheurs se sont intéressés aux échantillons sanguins de milliers de personnes prélevés plusieurs années avant tout diagnostic de cancer et dont la consommation d’alcool était connue. Ils ont concentré leurs analyses sur les 706 personnes qui ont finalement développé un cancer du pancréas, et ont comparé leurs résultats avec des personnes présentant un profil similaire mais n’ayant pas développé de cancer du pancréas.

Les progrès récents des technologies d’analyse sanguine permettent aujourd’hui d’examiner de manière très précise des centaines de molécules présentes dans le sang, notamment les lipides (les graisses). Les chercheurs ont ainsi pu identifier quels lipides étaient associés à la consommation d’alcool. Puis ils ont examiné si ces mêmes lipides étaient liés au risque futur de cancer du pancréas. L’objectif était d’identifier une « signature biologique » de l’alcool dans le sang, susceptible d’expliquer comment une consommation régulière peut, à long terme, favoriser le développement d’un cancer du pancréas, parfois jusqu’à plus de vingt ans avant le diagnostic.

Modification des graisses dans le sang

Les chercheurs ont pris en compte de nombreux facteurs pouvant influencer les résultats, comme le tabagisme, l’indice de masse corporelle, le niveau d’études ou encore la qualité de l’alimentation, afin d’isoler au mieux l’effet propre de l’alcool.

Ils ont alors découvert que la consommation d’alcool était associée de manière significative à la variation dans le sang d’une vingtaine de lipides. Dans la majorité des cas, plus la consommation d’alcool était élevée, plus le taux de certains lipides diminuait. Ces résultats ne variaient pas selon les habitudes tabagiques.

Parallèlement, les chercheurs ont identifié huit lipides (dont l’acide pentadécanoïque) comme étant associés à un risque plus faible de cancer : plus leur taux était élevé, plus le risque de développer une tumeur au niveau du pancréas était bas.

En résumé, l’alcool modifie certains lipides sanguins. Or, la présence de plusieurs de ces lipides dans le sang est associée à un risque plus faible de cancer du pancréas. Cela renforce l’idée que l’alcool pourrait influencer le risque de cancer de manière indirecte, en modifiant progressivement certains mécanismes biologiques dans l’organisme. Ce seraient donc les altérations métaboliques que provoque l’alcool à long terme qui pourraient influencer le risque de cancer du pancréas. Ces résultats, qui ouvrent une piste importante, devront être confirmés par de futures études.

Source

Paloma R Mitra, Ting Zhang, Hyokyoung G Hong, Demetrius Albanes, Stephanie J Weinstein, Steven C Moore, Rachael Z Stolzenberg-Solomon, Sabine Naudin. Lipid biomarkers of habitual alcohol intake and associations with pancreatic cancer risk, JNCI: Journal of the National Cancer Institute, Volume 118, Issue 1, January 2026, Pages 160–169, https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41092308/