La chercheuse Isabelle Plo et le Dr William Vainchenker, hématologue et chercheur à Gustave Roussy, signent à deux voix une revue de référence dans le New England Journal of Medicine consacrée aux myéloproliférations néoplasiques (MPN) le 19 août dernier. Cet article synthétise les avancées majeures réalisées dans la compréhension de ces cancers du sang et met en lumière les perspectives thérapeutiques qui pourraient transformer leur prise en charge dans les années à venir.

Les myéloproliférations néoplasiques (MPN) regroupent plusieurs maladies de la moelle osseuse. Elles se caractérisent par une production excessive de cellules sanguines et exposent les patients à des complications parfois graves, notamment des thromboses, des hémorragies ou une évolution vers une leucémie aiguë.
L'un des enseignements majeurs de ces dernières années est que les mutations responsables de ces maladies peuvent apparaître plusieurs décennies avant le diagnostic. Les MPN constituent ainsi un modèle unique pour comprendre les premières étapes du développement d'un cancer et identifier des opportunités d'intervention précoce.
Si les traitements actuels permettent de contrôler efficacement la maladie et de réduire le risque de complications, ils restent le plus souvent incapables d'éliminer durablement les cellules à son origine. Les auteurs soulignent toutefois l'émergence de nouvelles stratégies thérapeutiques particulièrement prometteuses. Des traitements ciblant spécifiquement les protéines mutées JAK2 ou CALR sont actuellement en développement et pourraient permettre, à terme, de modifier durablement l'évolution de la maladie, voire d'éradiquer le clone tumoral responsable.
Au-delà des MPN elles-mêmes, cette revue met en évidence la contribution de ces maladies à la recherche en cancérologie dans son ensemble. Parce qu'elles se développent lentement et que leurs altérations génétiques sont aujourd'hui bien identifiées, elles constituent un modèle pour étudier la naissance et l'évolution d'un cancer sur plusieurs décennies.
Ces travaux ouvrent la voie à une meilleure compréhension des mécanismes de transformation tumorale et à la conception de stratégies capables d'intercepter la maladie avant l'apparition d’un cancer, une approche qui s'inscrit pleinement dans les ambitions de la médecine de précision et de l'interception des cancers portées par Gustave Roussy.

Cette publication témoigne de la contribution historique des équipes de Gustave Roussy à la compréhension des mécanismes biologiques à l'origine de ces pathologies, notamment autour des mutations du gène JAK2 qui ont profondément transformé le diagnostic et la prise en charge des patients.
Plo I., Vainchenker W. Myeloproliferative Neoplasms. New England Journal of Medicine, 20 août 2026 : https://www.nejm.org/doi/pdf/10.1056/NEJMra2507867