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GUSTAVE ROUSSY
1er centre de lutte contre le cancer en Europe, 3 000 professionnels mobilisés

Covid-19 News | 4 mai 2020

Synthèse d'actualités scientifiques liées au Covid-19, réalisée par des experts de Gustave Roussy.

COVID 19 news

Clinique

Les facteurs prédictifs de l’aggravation clinique des patients atteints de cancer et de Covid-19

Pr Fabrice Barlesi, Dr Laurence Albigès, Gustave Roussy : Source : AACROncolive -28 avril 2020

Les trois premiers cas de Covid-19 en France ont été confirmés le 24 janvier 2020, dont deux diagnostiqués en Île-de-France. L'épidémie dans cette région a affecté significativement Gustave Roussy, qui a pris en charge 7 251 patients du 14 mars au 15 avril.

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Contexte : L'épidémie de SARS-CoV-2 en région parisienne a affecté de manière significative le centre de cancérologie Gustave Roussy. Nous rapportons l'expérience de Gustave Roussy lors de l'épidémie de SARS-CoV-2. Cette épidémie a conduit à une réorganisation rapide de la prise en charge des patients atteints de cancer avec deux objectifs simultanés. Premièrement, protéger les patients qui peuvent présenter une forme plus grave de la maladie, d'être infectés par le SARS-CoV-2. Deuxièmement, éviter que les patients atteints de cancer ne perdent la chance de recevoir le soin contre le cancer, optimal sinon standard.

Méthodes : Les patients atteints de cancer avec suspicion d'infection par le SARS-CoV-2 ont été admis à Gustave Roussy à partir du 12 mars. Les indications de dépistage ont été adaptées au fil du temps. Tous les patients Covid-19 testés positivement et gérés à Gustave Roussy entre le 14 mars (1er cas positif) et le 15 avril ont été inclus dans une base de données « redcap ». Les  caractéristiques sous-jacentes des maladies oncologiques et la prise en charge de l’infection par Covid-19 ont été collectées. La gestion du cancer et du Covid-19 a été rapportée et les résultats ont été évalués. Le critère d'évaluation principal de cette analyse était la détérioration clinique, définie comme la nécessité d'une supplémentation en O2 ≥ 6 l / min, ou le décès.

Résultats : Au total, 7 251 patients atteints de cancer ont été pris en charge à Gustave Roussy au cours de cette période, dont 3 616 ont été hospitalisés. Sur la base de notre stratégie de test, 1 302 patients ont été testés, dont 12 % se sont révélés positifs au SARS-CoV-2. Parmi les 137 premiers patients atteints d’un cancer diagnostiqués avec le SARS-CoV-2, la plupart des cas étaient des femmes (58 %) avec un âge médian de 61 ans, dont 36 patients (26 %) ≥ 70 ans. Les cancers sous-jacents les plus fréquents étaient des tumeurs solides (115), notamment des tumeurs mammaires (23), GI (18), tête et cou (17), GU (17), GYN (17) ou des hémopathies (22). Au moment du diagnostic Covid-19, 79 patients (58 %) avaient un cancer métastatique / actif et 56 patients (41 %) étaient considérés en rémission / traités avec une intention curative. Le diagnostic d'infection au SARS-CoV-2 a été posé par RT-PCR ou scanner thoracique seul dans respectivement 93,4 % et 6,6 % des cas. La majorité des patients ont été hospitalisés (75 %) et traités avec HCQ / AZI (40 ; 30 %) avec inclusion dans l'essai ONCOVID, inhibiteur de l'IL-6 (10), antiviral (6) ou corticoïdes (13). Quinze patients ont été admis en unité de soins intensifs (11 %). Une aggravation clinique s'est produite chez 34 patients (24,8 %) et était associée à une maladie sous-jacente hématologique, à un PS altéré au moment du diagnostic de Covid-19 et à l'utilisation d'une chimiothérapie cytotoxique dans les trois derniers mois. À la date d’analyse (20 avril 2020), 95 patients étaient chez eux (69,3 %), 20 patients étaient décédés (14,6 %) et 22 patients étaient toujours hospitalisés (16,1 %). Tous les décès ont été considérés comme liés à l'infection par le SARS-CoV-2.

Conclusions : Globalement, le taux d’infection par le SARS-CoV-2 dans la population de nos patients atteints de cancer ne semble pas être plus élevé que dans la population générale. Nous pensons que des tests adéquats et des mesures de protection, ainsi que le faible taux d'événements indésirables liés au traitement du SARS-Cov-2 (5,5 %), justifient une prise en charge optimale de la tumeur sous-jacente des patients atteints de cancer.

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Ces données sont en cours d’analyse avec un suivi plus long, afin d’évaluer précisément l’impact de l’infection par SARS-CoV-2 sur le traitement du cancer chez ces patients.

Les patients atteints de certains cancers sont près de trois fois plus susceptibles de mourir de Covid-19

Semih Dogan, Gustave Roussy – Source : Cancer Discovery (AACR) 22 avril 2020

Les patients atteints de cancer sont des populations plus vulnérables que d’autres aux infections car elles sont immunodéprimées en raison de la maladie ou des traitements. À ce jour, l’épidémie de coronavirus touche plus de trois millions de personnes à travers le monde et aucune évaluation systématique des effets du coronavirus SARS-CoV-2 sur les patients atteints de cancer dans une population représentative n’avait pu être faite. Une étude récente sur une petite cohorte a rapporté un risque plus élevé d'événements graves chez les patients atteints de cancer par rapport aux patients sans cancer.

Dans une étude publiée dans Cancer Discovery, les auteurs évaluent les effets de Sars-CoV-2 pour différents types et stades de cancer, ainsi que pour différents types de traitements contre le cancer. L'étude multicentrique, impliquait 14 hôpitaux dans la province du Hubei, où la pandémie est apparue. 105 patients atteints du cancer et 536 patients du même âge sans cancer- et tous covid-19 positifs.

Les auteurs ont constaté que les patients atteints d’un cancer qui ont développé covid-19 avaient un taux de mortalité par le virus près de trois fois plus élevé que celui estimé pour la population générale. Les patients atteints de cancer étaient également plus susceptibles de faire des complications nécessitant l'admission dans des unités de soins intensifs et ayant besoin d'une ventilation mécanique, que les personnes sans cancer. Les facteurs de risque incluaient non seulement l'âge, mais aussi le type de cancer, le stade et le traitement.

La figure ci-dessous montre les complications observées chez les patients atteints de cancer et ceux qui n’avaient pas de cancer. Pour les patients atteints de cancer présentent différents types, stades et traitements de la maladie, les complications graves comprennent le décès, l'admission aux soins intensifs, des symptômes graves / critiques et l'utilisation d'une ventilation mécanique invasive.

En A et B, une analyse de l'incidence et de la survie des affections graves chez les patients atteints de cancer Covid-19 et sans cancer, en C et D chez les patients atteints de différents types de cancer, E et F chez les patients atteints de cancers métastatiques et non métastatiques, G et H chez les patients atteints d'un cancer du poumon, d'autres cancers que le poumon avec métastases pulmonaires et d'autres cancers que le poumon sans métastases pulmonaires, en I et J les patients ont reçu différents types de traitements contre le cancer.

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Comment les dermatologues peuvent contribuer à lutter contre la pandémie

Pr Caroline Robert, Gustave Roussy - Source : JAMA Dermatology – 30 avril 2020

Dans ce numéro de JAMA Dermatology, deux cas cliniques et des images d'éruptions cutanées chez des patients infectés par le SARS-CoV-2 sont présentés afin d’alerter les médecins concernant les manifestations possiblement associées à cette infection tout en sachant que ces observations ne sont pas exhaustives de toutes les manifestations cutanées rapportées à ce jour. Les rares études de prévalence rapportée des signes cutanés associés à l’infection par Covid-19 rapportent des chiffres contradictoires ; une étude chinoise a signalé une éruption cutanée chez seulement 0,2 % des patients chinois, alors que la prévalence estimée dans une étude transversale italienne était de 20,4 %. Dans cette dernière étude, réalisée par des dermatologues, les manifestations cutanées étaient le plus souvent décrites comme des éruptions érythémateuses diversement associées à des lésions urticariennes ou vésiculeuses. Une prédilection pour le tronc a également été notée. Il est trop tôt pour affirmer que ces manifestations cutanées sont des manifestations directes du SARS-CoV-2 chez les patients infectés par le Covid-19 ou s’ils sont liés à des effets indirects du virus, des co-infections par d’autres agents pathogènes ou à des traitements concomitants. On en saura plus quand les tests diagnostiques seront plus largement disponibles et à la suite d’études prospectives détaillées incluant la recherche directe du virus dans les lésions cutanées. Les deux articles de ce numéro rapportent un cas d’éruption purpurique prédominant dans les grands plis de flexion (a) avec une atteinte des petits vaisseaux dermiques sans thrombose (Sanchez A et al, JAMA Dermatol April 30 On line), ainsi qu’un cas d’éruption érythémato-squameuse associée à de petites vésicules prédominant sur le tronc (b) (Diaz-Guimaraens B et al Jama Dermatol April 30 On line).

À ce jour, on ne sait pas vraiment si les manifestations dermatologiques sont précoces ou tardives et si elles ont une signification particulière au cours de l’infection par le Covid-19, donc affaire à suivre…

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Biologie

La charge virale de Sars-CoV-2 selon l’âge des patients

Semih Dogan, Gustave Roussy – Source : Charity Virology Berlin, Nature

Les mesures de distanciation sociale et de confinement prises par de nombreux pays commencent à donner des résultats. À l’heure où se pose la question de déconfinement, la question de l’ouverture des écoles fait encore débat. Les études sur le rôle des enfants dans la propagation du virus Sars-CoV-2 sont difficiles à réaliser en raison du confinement, il en résulte que nous ne savons toujours pas si les enfants sont une source importante d’infection.

Des chercheurs allemands de l’institut de virologie de l’université Charité Berlin ont voulu répondre à la question de manière indirecte en corrélant la contagiosité du virus à sa concentration dans les voies respiratoires. Les études précédentes ont en effet montré que la charge virale pourrait être corrélée à l’infectiosité de l’individu.

Entre janvier et avril 2020, les laboratoires Charité Virologie et Labor Berlin ont ainsi testé 59 831 patients pour Covid-19 et 3 712 (6,2 %) patients avaient un résultat positif en RT-PCR en temps réel. Les patients ont ensuite été répartis par groupe d’âge (de 10 ans) en fonction de la charge virale estimée grâce à la RT-PCR.

Les résultats, reportés sur la figure 1, montrent qu’il n’y a aucune différence de charge virale entre les différents groupes comparés. Le taux de détection de Sars-CoV-2 augmentait avec l’âge, car les tests se faisaient majoritairement en fonction de la présence de symptômes. Selon les auteurs, bien que les enfants soient sous représentés dans les différentes études, car ils sont très souvent asymptomatiques, ils sont tout aussi infectieux que les adultes. Une donnée à prendre en compte avant la décision de rouvrir toutes les écoles.

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Figure 1 : Répartition des patients en fonction de l’âge. Estimation des charges virales d’après les résultats de RT-PCR représentés en Log10. Le nombre de cas par catégorie entre parenthèses.

Prévention

Coronavirus - Comment nettoyer son smartphone

Source : Que choisirNew England Journal of Medicine

Vous pouvez vous laver les mains autant de fois que vous le voulez, saisir votre smartphone la seconde d’après ruinera vos efforts si le coronavirus s’y trouve. Mieux vaut donc le nettoyer très régulièrement, d’autant que les scientifiques n’ont encore aucune certitude sur l’activité du virus sur les objets. Une étude réalisée par des instituts américains et publiée dans le NEJM (16 avril 2020) avance bien quelques chiffres : le virus tiendrait quatre heures sur les surfaces en cuivre, 24 heures sur le carton et jusqu’à trois jours sur les plastiques et l’acier inoxydable. Mais ces durées de vie dépendraient aussi d’autres facteurs comme la température ou le taux d’humidité. Ces hypothèses sont donc à prendre avec précaution. Pour bien nettoyer votre smartphone

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Consumer Reports

Après le confinement

Déconfinement : le parapente et le pédalo : les personnes à risque

Source : Olivier Sibony - 2 mai 2020

[…] De quelle ampleur est ce risque ? Reprenons, pour chaque tranche d’âge, non seulement la mortalité, mais la probabilité, en cas d’infection, d’être placé en soins intensifs. On peut utiliser ces données pour faire un calcul. Si toutes les classes d’âge avaient le même taux d’infection et en prenant en compte la taille de chaque classe d’âge, de combien de lits de réanimation aurait besoin chaque classe d’âge ? Le graphique ci-dessous donne une estimation de la réponse. (Source : Institut Pasteur; INSEE ; mes calculs - s'il y a des erreurs, j'en suis responsable).

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Pour résumer : les écarts entre classes d’âge ne sont pas aussi marqués pour la demande de réanimation qu’ils le sont pour les décès, mais ils sont quand même assez colossaux ! 41 % du besoin de lits de soins intensifs correspond aux plus de 70 ans (essentiellement aux 70-79, car les plus de 80 ans sont rarement transférés en réanimation. Et, ce qui est plus étonnant, les sexagénaires représentent le tiers du besoin potentiel. Le reste, les moins de 60 ans, représentent un quart du besoin de réanimation (et 4 % des décès), pour trois quarts de la population – et une part plus grande encore dans la population active. Ce calcul est évidemment une grossière simplification : tous les groupes d’âge n’ont pas la même intensité de contacts sociaux, donc pas le même risque d’être infectés ; tous ne passent pas aussi longtemps dans un lit de réanimation s’ils en ont besoin ; les comorbidités jouent aussi un rôle important, etc. Mais enfin, l’asymétrie est assez marquée pour qu’une conclusion s’impose : un déconfinement « différencié » devrait l’être aussi sur des critères d’âge. […]

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Cette newsletter est éditée par Gustave Roussy, sous la direction éditoriale du Pr Fabrice Barlesi et avec la coordination du Dr Antoine Crouan.

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