Depuis 2017, le conseil franco-britannique sélectionne chaque année une promotion de Young Leaders, issus du milieu scientifique, artistique, médiatique ou encore académique et possédant des liens avec la France et le Royaume-Uni. L’objectif ? « Fonder une génération de leaders du 21e siècle ayant à cœur de faire vivre et progresser les relations franco-britanniques et d’en façonner l’avenir dans tous les secteurs de nos sociétés et économies ».
Sophie de Carné, à la tête du laboratoire Inflammation et plasticité cancéreuse (IHU-Prism, UMR 981) à Gustave Roussy, a été sélectionnée par le Conseil franco-britannique pour intégrer la promotion 2025 des Young Leaders.
Ce programme, né de la volonté du président de la République François Hollande et du Premier ministre David Cameron, vise à approfondir la compréhension et la collaboration entre la France et le Royaume-Uni, pour créer un espace de dialogue bilatéral de haut-niveau. Il repose sur un réseau d'alumni prestigieux, dévoués à faire avancer le dialogue franco-britannique. Ce programme rassemble aujourd’hui un réseau de 176 personnalités occupant des postes de hauts niveaux dans des domaines variés.
Spécialiste de la biologie du cancer, Sophie de Carné a passé près de dix ans au Royaume-Uni, où elle a conduit des recherches de pointe au Francis Crick Institute. Elle s’est notamment intéressée aux cancers du poumon présentant une mutation du gène KRAS, l’un des plus fréquemment altérés dans ces tumeurs. Pour mieux comprendre ces cancers, elle a mis au point des modèles expérimentaux, qu’elle a étudié grâce à des technologies de séquençage unicellulaires. Elle a également conçu un outil capable d’évaluer l’activité du programme cancérigène KRAS au sein d’une tumeur — même en l’absence de mutations évidentes du gène KRAS. Une approche innovante qui ouvre la voie à des traitements plus personnalisés, adaptés au fonctionnement réel de chaque tumeur.
De retour en France à l’automne 2024, elle a rejoint Gustave Roussy et l’IHU-Prism en tant que cheffe d’équipe et professeure junior à l’Université Paris-Saclay, dans le cadre d’une chaire dédiée à la prévention des cancers.
Ses travaux actuels s’attachent à comprendre pourquoi certaines cellules mutées évoluent vers des tumeurs, tandis que d’autres restent dormantes. L’hypothèse centrale ? Le cancer ne résulte pas uniquement d’une mutation génétique, mais aussi d’un contexte biologique ou environnemental favorable, dans le cadre d’une phase dite de « promotion ». Son laboratoire explore ainsi les liens entre obésité, dérèglements métaboliques et transformation tumorale, en particulier dans les cancers du pancréas et du poumon mutés KRAS. Elle développe pour cela des modèles organoïdes à partir de cellules souches reprogrammées. Elle souhaite étendre ses travaux au rôle joué par les pesticides dans l’oncogénèse.
Début juillet, à l’occasion d’un séminaire de travail organisé par le Conseil Franco-Britannique à Londres, Sophie de Carné et les autres Young Leaders ont eu l’opportunité de rencontrer et d’échanger avec le président de la République française Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer.
En rejoignant le réseau des Young Leaders, Sophie de Carné entend porter la voix de la recherche translationnelle et de la prévention du cancer dans les débats publics. « Pour que la science bénéficie à la société, il faut parfois sortir du cadre scientifique pour partager ses découvertes, échanger des idées et participer à des débats plus larges. Le programme Franco-British Young Leaders est une occasion unique de le faire, et de créer des passerelles entre la science, les politiques publiques et la société », conclut Sophie de Carné.